Les Offres

  • Directeur de l'Observatoire du Foncier
    Télécharger
  • Lettre d'invitation à l'intention des ONG, Institutions ou autres travaillant dans le domaine du foncier - CCRF
    Télécharger
  • Responsable de l'opérationnalisation de l'appui au foncier - CCRF
    Télécharger

Vidéos

Enjeux fonciers dans l'Itasy : réconcilier l'obsolète et le présent Ny mikasika ny fananan-tany ao amin'ny Faritra Atsinanana Herinandro fampahafantarana ny fananan-tany, Faritra Itasy Forum national pour la consolidation de la politique foncière malagasy La Femme et le Foncier Sécuriser à bas prix les droits fonciers des citoyens malgaches Tanin'ireo voanjo teo aloha : iza no tena tompony? Ny adin-tany Etat des lieux de la réforme foncière

Contact Info

+261 20 22 278 38
+261 33 15 348 86
administration[at]observatoire-foncier.mg 9 rue Pierre Stibbe, bâtiment du service topographique, Porte 213 Anosy - Antananarivo 101 - Madagascar.

Articles

Mai

27

2015

Projets d’exode urbain : renverser les problèmes démographiques et fonciers

A l’image de certaines grandes villes dans le monde, Antananarivo présente une densité démographique importante qui contribue grandement à son urbanisation anarchique. Le phénomène est de plus en plus prégnant et mérite à être traité. Les principales conséquences en sont, en effet, la bidonvilisation, l’expansion des constructions illicites, la squatterisation des propriétés privées, etc. Afin de renverser cette spirale démographique, des initiatives sont identifiées dont notamment les projets d’exode urbain qui consistent à organiser des migrations vers des espaces ruraux préalablement identifiés. Toutefois, la disponibilité des terrains à grande superficie pour la réalisation de ces projets pose souvent quelques difficultés. 

 

 

La spirale de la migration et de l’urbanisation anarchique

Si la forte croissance et densité démographique en milieu urbain est décrite comme un phénomène affectant particulièrement les grandes villes comme Lagos, Rio, Bombay, ou Pékin, Madagascar n’échappe pas à cette réalité, même si l’échelle de proportion est loin d’égaler ces métropoles. En effet, la ville d’Antananarivo affiche des superlatifs qui méritent à en tirer la sonnette d’alarme. Avec une population en phase d’atteindre les 3 millions d’habitants pour une superficie de 87 km², la densité atteint en moyenne 34.000 habitants au km². Selon une étude de la Banque Mondiale en 2011, environ un tiers de la population malagasy vit dans des agglomérations urbaines, dont près de la moitié autour de la commune urbaine d’Antananarivo. Selon la projection de cette étude, au rythme actuel, à l’horizon 2020, un malgache sur deux vivra en ville et l’agglomération d’Antananarivo atteindra presque 8 millions d’habitants. Chaque année, la capitale accueille environ 200.000 nouveaux venus alors que la ville affiche une saturation en matière de zone constructible et habitable. Les conséquences sont nombreuses : un taux de  bidonvilisation de plus de 90 %, des taux de constructions illicites et illégales de plus de 80 %, l’exiguïté de l’espace habité pouvant atteindre 10 m² dans les bas – quartiers, la squatterisation de la propriété privée ainsi que la construction et l’occupation anarchique du domaine public (emprise des routes, voies ferrées, cours d’eau, et canaux d’évacuation), la prolifération du secteur informel.

Selon des enquêtes menées par l’Observatoire du Foncier, cette situation est née principalement de l’inadaptabilité des plans d’urbanisme dans la ville d’Antananarivo et ses périphéries (dernière mise à jour en 2006), et de la faible capacité d’absorption (logement, emploi, infrastructures) alors que la ville est confrontée à d’importantes vagues de migrations. Ces derniers trouvent leurs explications dans la conjonction de plusieurs facteurs qui se sont amplifié ces dernières années : le faible revenu lié à des pratiques agricoles axées majoritairement vers la subsistance, l’insécurité rurale, la transformation progressive des espaces de culture dans les Communes rurales périphériques en zones résidentielles, la micro – parcellisation et la raréfaction des parcelles agricoles issue des morcellements successifs. Le changement de la vocation des terres, et l’usage immobilier des terrains agricoles, sont particulièrement incités par les opportunités financières créées par la forte demande en logement des habitants de la capitale, et par le boom des prix des terrains aux alentours des infrastructures nouvellement installées (centres commerciaux, routes). Au – delà de la dépossession des propriétaires, la vente des terres agricoles impactent les locataires et métayers sur ces parcelles qui se retrouvent ainsi démunis de leurs moyens de subsistance. Au final, la dépréciation des activités agricoles en milieu rural, associée à la précarité foncière, contraignent les ménages à rechercher des activités plus rémunératrices et des sources additionnelles de revenu en ville. Généralement, ils s’installent en ville pour explorer des opportunités dans le commerce ambulant, la main d’œuvre occasionnelle, les petites réparations, le transport collectif, le portage, et les travaux domestiques. La pratique de certaines activités moins éthiques et moins légales, et l’insécurité précaire des biens et personnes, sont de surcroît un corollaire de cette situation. Par ailleurs, l’installation illégale sur les terrains publics ou privés est souvent à l’origine des conflits fonciers et des actions de déguerpissement menées par l’Etat.

 

Renverser la spirale économique et démographique

Les actions identifiées et mises en œuvre pour solutionner cette problématique ont été à la fois conçues pour solutionner en amont et en aval les questions de l’exode rural : restructuration des bidonvilles, opérationnalisation d’un Plan d‘Urbanisme « grand Tanà », construction de logements sociaux, avec plus ou moins de succès. Les opérations de migration organisée et de colonisation de nouveaux espaces aménagés, expérimentées depuis les années 1970, font partie des alternatives proposées. De récentes initiatives visant à favoriser l’exode urbain, menées par des associations siégeant dans la capitale, se sont rajoutées à ces stratégies. Le concept, qui n’est pas nouveau, consiste à organiser la migration des habitants de la ville vers des espaces ruraux préalablement identifiés et viabilisés. Le principal objectif est de réduire la surpopulation urbaine et le taux de pauvreté en donnant la possibilité aux ménages d’accéder à des logements décents et à des parcelles agricoles de taille viable.

Le projet « Exode urbain » de l’association Hafari Malagasy fait partie de ces initiatives. Selon son président le constat « qu’Antananarivo a atteint son maximum en termes d’accueil, que l’engorgement de la ville favorise les désordres sociaux et fonciers, et que les affaires foncières menées au niveau des tribunaux aboutissent rarement et s’étalent sur une période élevée » a poussé cette association à initier ce projet. La finalité est de réduire la pauvreté mais aussi de donner la possibilité aux ménages d’accéder au foncier. Les premières cibles de ce projet sont les familles qui ont perdu leur logement dans les actions menées par l’administration contre les constructions illicites ou qui ont été expulsées de terrains privés. Cependant, le projet s’adresse aussi à tout ménage désireux de s’installer en dehors de la ville. La seule condition pour bénéficier de ce projet serait d’adhérer à l’association. Le concept est simple, l’Hafari prospecte et organise l’acquisition des terrains pour installer  les ménages candidats à l’immigration. Les familles construisent elles – mêmes leurs logements. Actuellement, environ 240 ménages sont installés dans la zone de migration identifiée, à Soaniadanana au PK 67 de la RN 4. Dans la même optique, le projet d’Accueil des Sans Abris (ASA) initié vers les années 90 par les franciscains de Madagascar consiste à réinsérer les familles à grande précarité ou sans abri dans de zones rurales afin qu’elles  deviennent de vrais paysans sur leurs propres terres et subvenir ainsi à leurs besoins. Depuis, les actions de l’ASA ont permis la création de 18 villages correspondant à environ 2.500 bénéficiaires à Ambohipotsy dans la région Bongolava. L’approche diffère de celle de l’Hafari dans la mesure où les familles bénéficiaires sont d’abord hébergées dans un village (Antanety) à 17 km d’Antananarivo pour préparer leur installation définitive. Cette phase correspond à 3 ans durant lesquels les ménages apprennent le métier d’agriculteur. C’est seulement après cette phase de pré-insertion que les familles migrent vers le Bongolava.

 

La recherche de terrains de grande superficie parmi les difficultés

Pour pouvoir accueillir les ménages immigrants, la disponibilité de terrains cultivables de vastes superficies est essentielle. En absence d’aménagements destinés à cet effet, l’identification des zones de migration passe par des étapes de prospection dans différentes zones afin de trouver les parcelles adéquates au projet. L’acquisition des terrains peuvent se faire de différentes manières selon les projets. A ses débuts, l’ASA avait par exemple entrepris une demande pour l’acquisition de 5.000 ha du domaine privé de l’Etat. Au final, 4.686 ha ont été obtenus dans le Bongolava. En poursuivant les prospections, l’association dispose actuellement de plus de 15.000 ha pour accueillir les familles les plus démunies. La démarche de l’association Hafari, quant à elle, lui a permis l’acquisition d’environ 300 ha. Une partie de ces terrains relèvent du domaine privé de l’Etat alors que d’autres parcelles relèvent de propriétés privées non titrées. Pour obtenir les terrains privés, l’association a négocié avec les propriétaires en leur versant des indemnités de mise en valeur souvent compris entre 200 Ar à 300 Ar le m². D’autres terrains sont encore en cours de tractation. La collaboration de l’association avec l’Administration foncière a permis d’identifier les démarches de formalisation à travers l’Opération Domaniale Concertée. Cependant, les procédures pour la formalisation de l’occupation de ces terrains sont pour le moment en suspens pour des raisons financières. En effet, la mise en œuvre de l’opération nécessite un paiement d’environ 80.000 Ar par personne pour les travaux topographiques.

Les démarches visent au final à faire des familles des propriétaires de plein droit. Dans le Bongolava , aux termes de sept années d’occupation, ces droits sont transférés aux familles alors qu’à Soaniadanana, les conditions d’appropriation ne sont pas encore clairement définis. Dans le projet de l’Hafari, chaque individu disposerait d’environ 300 m² d’espace habitable et des zones cultivables comprises entre 1 à 3 ha.

 

 

Des conditions d’accompagnement pour optimiser la réussite

La réussite de ces projets demeure encore incertaine, même si de plus en plus de ménages s’y intéressent. Les expériences tirées des autres projets de migration et d’installation organisée ont démontré qu’au bout d’un certain temps, les ménages reviennent dans la ville d’Antananarivo. Des  éléments d’accompagnement sont également à considérer concernant la pérennisation socio –économique de ces migrations par la promotion d’activités génératrices de revenus, l’accès aux marchés et aux intrants, l’accès aux soins, l’accès à la sécurité, etc. L’association Hafari, la seule initiative qui ne dispose pas de financement externe à part la cotisation des membres, a prévu  l’accompagnement des installations par le montage de collaborations et de partenariats qui pourraient générer des emplois ou des revenus à travers la culture de maïs, la riziculture, ou encore l’aviculture. Des balises sont aussi à identifier pour que ces initiatives ne soient pas assimilées à des opportunités pour accaparer des terres. Dans l’ensemble du processus, la Commune d’accueil est tenu de formaliser ces installations en précisant les délimitations prévues à cet effet dans leurs Schémas d’Aménagement Communal. La nouvelle Lettre de Politique Foncière a par ailleurs prévu l’attribution de statuts de terre aux Communes pour le montage et l’accueil de projets de cette envergure. L’Etat central a aussi un rôle à jouer dans l’appui à la mise en place des infrastructures.  En tout cas, la déclinaison juridique, institutionnelle, et opérationnelle de telles initiatives mérite à être formalisée au plus vite par les institutions concernées.

Print